Hugo Daillan est resté abasourdi à la vue du bus. Le 13 octobre dernier, le voilà déambulant dans le quartier des Arceaux à Montpellier, place Max Rouquette plus précisément. Quelle ne fut pas sa surprise d'apercevoir un bus du réseau de transport public TaM (société publique locale chargée d'exploiter le réseau de transport en commun de Montpellier Métropole), afficher le faciès de l'homme politique souverainiste et conservateur Philippe De Villiers. À quelques mois de l'élection présidentielle, l'affiche qui sillonne les rues fait la promotion de son nouveau livre chez Fayard, une maison d'édition dans le giron indirect du milliardaire Vincent Bolloré qui détient également CNews.
"En décembre 2021, il officialise son soutien à Éric Zemmour et rejoint sa campagne"
"La spécialité de Philippe de Villiers, ce n'est pas la littérature, clarifie Hugo Daillan, militant au café associatif Quartier Généreux, également collaborateur des élus LFI-Verts Populaires au conseil municipal de Montpellier. Le militant rappelle le CV du monsieur : "En 2007, sa campagne présidentielle avait pour thème de campagne : 'l'immigration zéro'. En 2016, il prend publiquement parti pour la remigration, le renvoi d'immigrés. En décembre 2021, il officialise son soutien à Éric Zemmour et rejoint sa campagne".

Hugo Daillan ne s'arrête pas là dans la liste des faits d'armes du créateur du parc à thème le Puy du Fou : "En juillet 2023, après la nomination de Gabriel Attal à l'Éducation nationale, il tweete que c'est 'le passage du woke au LGBT', et le présente comme 'militant' de la cause LGBT+ et 'partisan de la rééducation nationale'. Le tweet, vu plus de deux millions de fois, sera condamné de la droite à la gauche. En 2013, il manifestait contre le mariage homosexuel aux côtés de La Manif pour tous. Sur CNews, il a son émission chaque vendredi. Une chaîne sanctionnée 26 fois par l'Arcom, pour 630 001 euros au total, et condamnée par la justice".
"Réclamons à TaM et à Montpellier Métropole le retrait immédiat de cette campagne"
Rappelons que Fayard publie également Éric Zemmour, Jordan Bardella ou Sarah Knafo, cadre de Reconquête. Des têtes d'affiche ayant conduit des dizaines d'auteurs historiques à quitter la maison. Hugo Daillan appelle de ses voeux à des actions fermes : "Réclamons à TaM et à Montpellier Métropole le retrait immédiat de cette campagne. Le racisme, les discriminations, tout ce qui pollue notre société et empêche de s'attaquer aux vrais problèmes n'ont rien à faire dans nos rues, ni sur nos bus".
"Ses transports publics n’ont pas vocation à servir de vitrine à la propagande de l’extrême droite"
"Il est scandaleux que les bus de Montpellier servent à faire la promotion du livre de Philippe de Villiers, promoteur de la théorie complotiste du 'grand remplacement'", abonde de son côté Antoine Bertrand, conseiller municipal dans le groupe LFI-Verts populaire. Lequel renchérit sur la nature de la ville : "Montpellier est populaire et antiraciste. Ses transports publics n’ont pas vocation à servir de vitrine à la propagande de l’extrême droite. À La Rochelle et à Saint-Étienne, ces publicités ont été retirées. Comment Michaël Delafosse (maire-président socialiste de Montpellier, ndlr), peut-il cautionner leur présence à Montpellier ?".
Qui choisit les publicités ?
Mais alors, qui a la main ? Le choix et la commercialisation des publicités affichées sur les bus du réseau TaM sont délégués à une régie publicitaire externe. C'est la société Metrobus (groupe Mediatransports) qui gère ce marché jusqu'en 2029. Bien que la régie choisisse ses clients, elle doit respecter une charte fixée par la TaM et la Métropole de Montpellier Métropole. Par exemple, certaines publicités (comme l'alcool ou les messages à caractère politique/religieux) font l'objet de restrictions ou d'interdictions.
Les affiches ont été retirées
Contactée, la Métropole nous confirme ce mercredi 21 octobre que la promotion à caractère politique n’est pas autorisée dans le cadre de la régie publicitaire. "Il a été procédé au retrait immédiat des affichages concernés, dès que nous en avons pris connaissance", précise le service presse de la collectivité.